Chaque automne, les cabinets de recrutement et les plateformes publient leur grille de TJM. Pris un par un, ces baromètres se contredisent : pour un même développeur confirmé, l'un affiche 410 €, l'autre 580 €. Pris ensemble, ils racontent quelque chose de plus utile. Nous avons mis côte à côte sept sources publiées entre mai 2025 et septembre 2026, dont les annonces et les profils de freelancers.lu, pour lire le marché du freelance IT en France, en Allemagne, en Belgique et au Luxembourg.
Le principe de cet article est simple : aucune de ces sources ne mesure la même chose. Un cabinet relève les tarifs qu'il a effectivement placés. Une plateforme affiche les prix que les freelances demandent. Un baromètre déclaratif agrège ce que des indépendants disent facturer. Avant de comparer les chiffres, il faut donc comprendre ce que chacun compte.
Sept sources, sept façons de mesurer un TJM
| Source | Périmètre | Ce qui est mesuré | Date |
|---|---|---|---|
| Hays France, Étude de rémunérations 2026 | France (pratiques d'Île-de-France) | TJM moyens constatés par le cabinet, par années d'expérience dans la fonction, avec un écart moyen indiqué pour les régions | Édition 2026, panel de plus de 2 500 personnes et 700 métiers |
| Malt, baromètre des tarifs | France | Tarif jour moyen affiché par les freelances actifs sur la plateforme au cours des trois derniers mois | Relevés des 28 août et 13 septembre 2026 |
| Free-Work, baromètre TJM | France, avec une colonne « hors France » | TJM déclarés par les freelances inscrits, mis à jour chaque jour et lissés sur sept jours, en direct ou via un intermédiaire | Relevé du 18 septembre 2026 |
| Silkhom, Baromètre TJM 2025 | France : Paris, grandes villes, régions | Fourchettes issues des placements du cabinet, plus de 20 000 freelances analysés depuis 2019 | Mai 2025 |
| freelancermap, Freelancer-Kompass 2026 | Allemagne, Autriche, Suisse | Taux horaires déclarés par 5 412 indépendants en quatre vagues d'enquête | Novembre 2025 à février 2026, publié le 17 mars 2026 |
| dailyrate.be | Belgique, toutes fonctions | Tarifs jour déclarés anonymement, 905 contributions | Mise à jour du 23 mars 2026 |
| freelancers.lu | Luxembourg | Tarifs affichés dans 139 annonces de missions freelance sur douze mois, et tarif souhaité de 42 freelances au profil publié | Relevé du 18 septembre 2026 |
Deux précisions de lecture. Les grilles de Hays correspondent aux pratiques d'Île-de-France et donnent, par famille de métiers, un écart moyen pour les régions compris entre -5 % (gestion de projet) et -10 % (développement, ERP). Chez Free-Work, les moyennes mélangent toutes les expériences, du débutant au profil de plus de quinze ans, ce qui tire mécaniquement les chiffres vers le bas par rapport aux cabinets qui ne placent que des profils confirmés.
France : quatre baromètres, trois niveaux de prix
Le tableau ci-dessous aligne les quatre sources françaises sur des métiers comparables. Pour Hays, nous retenons la colonne 5 à 8 ans d'expérience. Pour Malt, le tarif jour moyen des profils expérimentés. Pour Free-Work, la moyenne des missions en direct. Pour Silkhom, la fourchette senior (plus de cinq ans) à Paris.
| Métier | Hays 2026 5-8 ans, IDF | Malt sept. 2026 | Free-Work sept. 2026 | Silkhom 2025 senior, Paris |
|---|---|---|---|---|
| Développeur back-end / full stack | 550 à 580 € | 561 € (back-end) | 410 € (full stack), 457 € (Java) | 450 à 600 € |
| DevOps | 620 € | — | 587 € | 520 à 650 € |
| Architecte cloud | 700 € | — | 725 € | 550 à 700 € (confirmé) |
| Data engineer | 660 € | 666 € (experts data) | 549 € | 550 à 700 € |
| Ingénieur cybersécurité | 620 € (730 € pentester) | 720 € | 622 € | 660 à 830 € |
| Chef de projet IT | 730 € | 678 € (chefs de projet et coachs agiles) | 581 € | 700 à 850 € |
| Scrum master | 700 € | — | 564 € | 600 à 800 € |
| Administrateur ou ingénieur systèmes et réseaux | 530 € | 569 € | 316 € (administrateur réseaux) | 450 à 600 € |
Trois niveaux de prix se dessinent. Les cabinets, Hays et Silkhom, forment le haut de la fourchette : ils relèvent des tarifs négociés pour des profils placés, en Île-de-France, hors juniors. Malt occupe le milieu : ce sont des prix affichés par des freelances expérimentés, pas des prix signés. Free-Work est systématiquement plus bas, de 15 à 30 % sur le développement, parce qu'il agrège toutes les expériences et toutes les régions. Sur les métiers rares, l'écart se referme : un architecte cloud est à 700 € chez Hays et à 725 € chez Free-Work, un ingénieur cybersécurité à 620 € et 622 €.
L'expérience : le grand saut se fait entre trois et huit ans
Les quatre sources dessinent la même courbe. Chez Malt, un développeur passe de 317 € en moyenne avant deux ans d'expérience à 435 € entre trois et sept ans, 575 € entre huit et quinze ans, puis 672 € au-delà. Chez Hays, un développeur full stack va de 450 € à 650 € entre le début de carrière et plus de huit ans. Chez Free-Work, en Île-de-France, le full stack passe de 401 € entre trois et quatre ans à 536 € entre cinq et dix ans. La progression est forte jusqu'à huit ans, puis elle ralentit nettement, sauf pour les profils qui basculent vers l'architecture, la sécurité ou la direction de projet.
La région : entre -5 % et -20 % selon la méthode
Là aussi, la méthode fait le chiffre. Les grilles de Hays indiquent un écart moyen de 5 à 10 % entre Paris et les régions. Malt relève 591 € pour un développeur back-end à Paris contre 512 € à Marseille, soit -13 %. Free-Work mesure -22 % pour un full stack de cinq à dix ans hors Île-de-France (419 € contre 536 €). Silkhom place un développeur Java senior entre 450 et 600 € à Paris et entre 400 et 500 € en région. Le télétravail réduit l'écart pour les freelances qui travaillent à distance pour des clients parisiens, mais il ne l'a pas effacé.
Ce que le marché français dit de 2026
Hays décrit un marché tech à deux vitesses : les métiers « traditionnels » comme le développement back-end ou l'administration systèmes voient leur dynamique salariale se stabiliser, avec des hausses souvent limitées à l'inflation, tandis que l'IA, le cloud, la data avancée et la cybersécurité restent en forte tension. Le rapport Tech Trends 2026 de Malt va dans le même sens : la demande en compétences IA a progressé de 60 % en un an et 22 % des demandes de mission exigent désormais une expertise en IA. Hays note aussi que la certification (CEH, CISSP, ISO 27001) devient un critère de sélection à part entière pour les missions de sécurité.
Allemagne : la première stagnation depuis le début de l'enquête
Le Freelancer-Kompass 2026 de freelancermap, la plus grande enquête auprès des indépendants germanophones, apporte un signal de conjoncture que les baromètres français n'ont pas. Pour la première fois depuis le lancement de l'étude, le taux horaire moyen des freelances n'a pas augmenté : 103 € de l'heure en 2026 contre 104 € en 2025. Six freelances sur dix ne prévoient aucune hausse de tarif cette année, 9 % envisagent une baisse, et le revenu mensuel moyen déclaré recule de 21 %, de 8 432 € à 6 653 €. Un répondant sur quatre a facturé moins de 50 jours dans l'année.
Les freelances IT restent au-dessus de la moyenne, avec un taux horaire médian de 95 €. Par spécialité : 120 € pour SAP et ERP, 100 € pour la data, 95 € pour l'infrastructure, 90 € pour le développement logiciel et web. Convertis sur une journée de huit heures, ces taux donnent l'équivalent de 720 à 960 € par jour, soit un niveau supérieur aux grilles françaises. La comparaison a ses limites : les indépendants allemands facturent le plus souvent à l'heure, et une journée facturée ne fait pas toujours huit heures.
Belgique : un marché qui se paie bien mais se mesure mal
La Belgique n'a pas de baromètre TJM institutionnel comparable à ceux de Hays ou Malt. La référence la plus récente est communautaire : dailyrate.be agrège 905 tarifs jour déclarés anonymement, toutes fonctions confondues avec une forte présence des métiers tech, pour une médiane de 700 € et une moyenne de 710 € au 23 mars 2026. La dernière étude d'organisation professionnelle, celle de l'UCM en 2022, situait le tarif médian des freelances entre 71 et 90 € de l'heure hors TVA, avec 30 % des répondants au-dessus de 90 €. Côté employeurs, le guide 2026 de Robert Half indique que 38 % des entreprises belges prévoient d'étendre leurs équipes IT et digitales et que 55 % des responsables du recrutement relèvent les rémunérations quand un profil se fait rare.



